Mon soleil n’est pas le tien

Mon soleil n’est pas le tien, c’est ce que tu dis sans t’en rendre compte quand tu parles de « ces gens-là ». Ces gens qui luisent sous cette lumière ordinaire et que tu ne vois pas briller. Ces autres à qui tu trouves des habitudes grossières que tu t’obstines à ignorer chez toi. « Ces gens-là » ne sont pas comme toi, ils sont un « toi » que tu n’aimes pas.
Notre étranger, notre étrangeté
On a tous un étranger et on est tous l’étranger de celui qui nous observe. Dans un coin de rue, un métro, une fête… On regarde les autres et on aperçoit ce quelqu’un chez qui l’on se voit à travers des ressemblances mais de qui on se méfie pour ses différences. Pourquoi a-t-on si peur de ce que l’on ignore d’un autre ? Ne serions-nous pas en train d’avouer que nous nous craignions nous-même ?
« Les bonnes » différences
Qu’est-ce que ça te fait la différence ? Sans doute de la concurrence, parce qu’elle représente ce que tu n’as pas. Alors tu fais pencher la balance de ton côté en te disant que si cet autre à quelque chose que tu ne peux avoir, tu détiens en retour quelque chose qu’il ne possède pas. Puis tu te mets à créer des normes qui permettent à tes différences d’être « les bonnes » et tu laisses les « mauvaises » à ceux sont restés justes, ceux qui te dérangent.
L’universalité de la différence
Puisque que tu t’es regardé tant de fois sans te voir, tu aurais pu te reconnaître dans les yeux d’un autre, tu aurais pu t’envisager différemment et te rendre unique. Un des grands points communs de l’humanité réside dans son universalité de la différence. Nous ne sommes pas pareil et c’est pareil pour tout le monde. Mais il y a des yeux qui fuient tout autant les regards que les évidences, Il y a des pupilles qui rejettent des images car elles pensent qu’elles pourraient les abîmer. Dans ce monde, lorsque l’on confond la différence et le danger, on s’arme contre la justice. Et comme les lois ont d’abord été faites par des Hommes qui se persuadent que ce qui les repousse vient forcément d’ailleurs que chez eux, la haine s’est propagée dans les cœurs comme une mauvaise herbe qu’on ne sait plus éliminer.
Mon soleil n’est pas le tien, et certaines fois ça me rassure. Je ne voudrais pas mourir dans la colère ou dans la cécité de l’ignorance. Mais voilà, nous avons le même soleil. Ce qui diffère, ce sont nos visions. Nous ne pouvons forcer personne à contempler les nuances humaines et c’est peut-être là notre plus grande chance, avoir le privilège de le faire soi. Avoir le pouvoir de se faire soi. Avoir le courage d’être cet autre. Avoir la force de reconnaître l’autre.
Commentaires